Friday, October 21, 2011

Conille : un maestro sans orchestre

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Le gouvernement Martelly-Conille entre en fonction.Optimisme béat.Tambour battant. Les ministres sont investis de leur pouvoir.Tous les prétextes vont enfin s’envoler. Finies les tractations.
Finis les marchandages politiques.Le temps est au travail.A la concrétisation des promesses de campagne.

Dans un véritable one man show, le président a lui-même installé presque tous les ministres reléguant ainsi son Premier ministre à l’arrière plan.Vedette d’une journée inaugurale
sans précédent, le président Martelly a même infantilisé le Premier ministre en demandant à la presse de ne pas braquer ses projecteurs sur l’occupant de la Villa d’accueil mais
plutôt de les laisser braquer sur lui-même. Drôle de façon de comprendre la liberté d’expression garantie par la constitution de 1987 !

Alors qu’il doit se contenter de son fauteuil de Premier ministre, Garry Conille commence déjà à subir les contrecoups d’un président omniprésent et toujours assoiffé de
vedettariat. Du jamais vu dans l’histoire récente de ce pays ! Près d’une douzaine de ministres ont été installés par le président lui-même. La notion de la délégation du pouvoir
passe encore loin du président de la République.
Le fonctionnaire onusien,Garry Conille, est censé être le chef de ce nouvel orchestre qui a pris les rênes du pouvoir. Cependant, pas un seul ministre n’a été recommandé par lui. Les
grands portefeuilles ont été attribués aux amis et au cercle fermé du camp Rose et Blanc. Un groupe d’hommes d’horizon divers forme ce nouveau cabinet. Cette nouvelle coalition
(Martelly-Inite-Pont-AAA) a du pain sur la planche.

Docteur Conille a bien voulu être le Premier ministre. Il l’est. Rien de plus !Les surprises ne manqueront par de marquer cette nouvelle «équipe ». On l’a longtemps cru.
Le Premier ministre Conille devrait garder le portefeuille de la Planification et de la Coopération externe. Ironie du sort, il a été remplacé seulement 30 minutes avant l’investiture du
nouveau gouvernement au Palais National. Le chef de cabinet de l’ex-chef du gouvernement,Jude Hervé Day, a été nommé à la dernière minute. Garry Conille va peut-être tout comprendre.
La Villa d’accueil lui est grandement suffisante. Approché par le président pour occuper ce poste, Jean-Max Bellerive s’est contenté de se faire remplacer par son homme de confiance, M. Day,
pour ainsi tirer les ficelles dans les coulisses. A la Planification c’est inévitablement du Jean-Max sans Bellerive. Continuité ou rupture. En effet les propos élogieux à son endroit lors de
la passation du pouvoir ont été très bien compris. « La République ne peut pas et ne pourra pas se passer du service de ce technocrate de haut rang », a lancé Garry Conille à l’égard de
celui dont il occupe le fauteuil. Mayard-Paul et Lamothe,les deux poids lourds Le ministère de l’Intérieur, des Collectivités territoriales et de la Défense nationale est attribué
au chef de cabinet du président Martelly, son ami personnel, son camarade classe et compère. Thierry Mayard-Paul qu’il a qualifié de brillant avocat doit s’assurer de la lourde tâche
de décentralisation et de la défense nationale. Au temps des Duvalier, on aurait parlé de ministre d’Etat. Le super ministre Thierry De gauche
à droite le ministre de l'Intérieur, Thierry Mayard-Paul aura également sous son contrôle le Service d’intelligence nationale (SIN), organe important de la prochaine
force armée d’Haïti, dont il a annoncé le coup d’envoi avant le 18 novembre prochain. Il faut ajouter à cela, la question des délégations, des vice-délégations et
des mairies. Cependant, faut-il le rappeler il est encore à ce jour le chef de cabinet du premier mandataire de la nation.

Laurent Lamothe, ministre des Affaires étrangères et des Cultes, est l’autre poids lourd de ce nouveau cabinet. Véritable bras financier de la campagne de Joseph Michel Martelly, il co-dirige
avec l’ex-président américain Bill Clinton le Conseil consultatif présidentiel pour le Développement économique et l'Investissement (CCPI). Depuis juillet dernier, M. Lamothe
siège à la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH). Il est également conseiller du président Martelly en matière d’investissement et de développement socio-économique.
Désormais il endossera également la veste de Chef de la diplomatie de la République d'Haïti. Certains ont même tendance à l’appeler vice-président. Une équipe ?

Le cabinet ministériel est loin d’être une équipe selon certains analystes. Trois ministères sont dirigés par le groupe des 16, formé de Inite, Pont et alliés. AAA (Ayiti an Aksyon de Youri
Latortue) détient un portefeuille,celui de l’Action civique,de la Jeunesse et des Sports, Pain (Parti agricole, industriel national de feu Louis Déjoie) obtient le poste de l’Agriculture,
du développement rural et des ressources naturelles. Les autres ministères sont assurés par quelques amis et proches du couple Martelly.Ce cabinet, il faut le dire, est
monté sur des frictions. Le Premier ministre a déjà eu maille à partir, et ceci à plusieurs reprises, avec certains hommes forts du camp Martelly dont le ministre de l’Intérieur, Thierry
Mayard-Paul. On se demande déjà comment sera la cohabitation entre le nouveau chef du gouvernement, ses prétendus ministres et le président lui même. Après cinq mois de tractations,
de tergiversation et de tohu-bohu politique, Martelly a enfin mis en place ses hommes. Garry Conille est Premier ministre aujourd’hui. Imposé ou pas, il doit cohabiter avec un
pouvoir qui prône à tout bout champ le changement. Qui est le vrai maestro de ce nouvel orchestre duquel tout un pays attend de vraies symphonies ?

Joseph Chanoine Charles
cjchanoine@yahoo.fr
Source: Le Matin

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