Tuesday, October 18, 2011

GRANDEUR ET DÉGÉNÉRESCENCE : LES DEUX PLAIES DU SIÈCLE 15 Octobre 1994-15 Octobre 2011

GRANDEUR ET DÉGÉNÉRESCENCE : LES DEUX PLAIES DU SIÈCLE 15 Octobre 1994-15 Octobre 2011

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Dans les années trente, nul ne pouvait prévoir que quinze ans plus tard, au terme d’une guerre qui fit plus de cinquante millions de victimes, l’Allemagne nazie serait l’objet d’un dépeçage en règle par les vainqueurs : Eisenhower, Churchill, Staline. Celui qui avait entraîné dans la débâcle l’Italie de Mussolini et le Japon de Hiro Hito, lui, non plus, ne pouvait croire à une quelconque victoire des Alliés. Il disparut donc dans les flammes de son bunker entouré de quelques fidèles avec la maigre consolation d’avoir considérablement réduit les statistiques de recensement de la population Juive. Triste destin que celui d’un pays, d’une Nation qui aurait pu jouer un rôle d’éclaireur dans l’avancement de l’humanité et qui, au lieu de tout cela, se retrouvait au bout d’une aventure essentiellement dévastatrice, scindée en plusieurs morceaux par un mur que les historiens modernes prenaient plaisir à identifier comme « Le Mur de la Honte ». Ainsi va la vie et la chute de l’Allemagne nazie induisit l’émergence d’autres puissances qui se croient autorisées à répéter les mêmes erreurs, les mêmes horreurs d’un passé récent.
Se peut-il que l’homme soit à ce point aveugle qu’il ne voit pas l’imminence des dangers qui le guettent ? Se peut-il que l’attention mondiale ne soit focalisée que sur les préoccupations égoïstes des Grands ? Comment les grandes puissances peuvent-elles se sentir heureuses et fières de la façon dont elles imposent leurs vues au monde contemporain ? Elles ont fini par instituer les principes du devoir d’ingérence, de l’interdépendance, de la mondialisation, de l’économie etc…Par super-organismes interposés, OEA, ONU, etc, elles occupent presque indûment de grands espaces géographiques qu’elles transforment peu à peu en déversoirs de leurs sous-produits manufacturés en se gardant de la franchise des échanges de technologie. Les puissances moyennes du Moyen-Orient, de l’Asie et le Tiers-Monde sont tétanisés par les rigueurs de la nouvelle approche occidentale en matière de relations internationales. L’Amérique a donné le ton. Désormais toute nation rétive, tout peuple rébarbatif connaîtront à coup sûr les méfaits de l’embargo. Ainsi, il en est de Cuba depuis plus de quarante ans, de l’Irak, d’Haïti pendant trois longues années. Certainement, il en viendra d’autres car, les populations ont ceci de particulier : elles n’acceptent pas toujours de gaieté de cœur les décisions dénuées d’humanisme qui leur viennent de haut.
C’est beau d’être la plus Grande Nation de la Planète. C’est aussi enviable de faire partie du peloton de tête des 20 grands comme on les appelle. Mais, quand la presse occidentale véhicule les clichés misérabilistes du tiers-monde qui se cherche : chaos politique, maladies, problèmes sanitaires, faim chronique, criminalité en hausse, déséquilibre constant de la vie sociale et familiale, comment ces grandes puissances doivent-elles se sentir, elles qui ont contribué à créer de toutes pièces cette incertitude du présent et du lendemain à l’intention des petits pays sans défense ?
Et dire qu’il fut un temps où les peuples résolvaient leurs problèmes eux-mêmes. Sans être profondément humaines, les solutions venaient d’une praxis acceptable, qui, somme toute, faisait beaucoup moins de victimes que les résolutions tristement célèbres des porte-parole des Grands de la planète. Et aujourd’hui plus qu’hier, « les troupes de l’ONU, come le soutient Zijad Imamovic, se comportent comme des eunuques au cours d’une orgie ». Quand aux officines de la politique étrangère, elles ne concoctent que des solutions d’ingérence qui au fond, ne font qu’accentuer la désagrégation des petits pays.
À ce compte, l’exemple d’Haïti occupée par des troupes étrangères et réclamées à cor et à cris par Celui-là qui avait pour premier devoir d’en sauvegarder la souveraineté, reste une démarche hautement anti-historique. Mais aujourd’hui, la situation est d’autant plus grave que cette orgie de niaiseries décisionnelles continue de plus belle avec les demandes réitérées de prolongation de mandat des forces d’occupation.[Soft Break]19 Septembre 1994, M. William Jefferson Clinton débarque dans les eaux haïtiennes 22.000hommes de troupes sous le fallacieux prétexte de « Restauration de la Démocratie ».Et pour mieux démocratiser la démocratie, dans cette ville paisible du Nord d’Haïti, le Cap-Haïtien, dix militaires haïtiens bien vivants, jouant paisiblement aux cartes dans leur propre caserne, étaient en une fraction de seconde passés à l’Orient Eternel. D’autres plus chanceux, avaient à des degrés divers essuyé des blessures. Et depuis, des mères, des fiancées, des épouses et des enfants n’ont pas cessé de pleurer ces êtres chers, ces héros quotidiens dont les hauts faits se situent au-delà des champs de bataille. Qu’ils reposent en paix, ces morts inutiles que pleurent néanmoins tous ceux qui, aujourd’hui, méditent sur le destin de la Planète Terre ! Au fond, n’existe-t-il pas une contradiction essentielle entre la cause et l’objet des guerres, combats et autres inventions meurtrières de l’homme.
À la limite, aucune logique ne peut expliquer ce paradoxe qui veut que toutes les hécatombes, les pogroms, les jacqueries et les tueries soient entrepris au nom de l’Homme. Autrement dit, on tue des hommes pour que vivent d’autres hommes. Et la ronde infernale indéfiniment se poursuit comme pour nous rappeler qu’en fin de compte nous ne différons pas trop des autres espèces surtout de l’animale dont trop souvent malheureusement nous singeons les comportements instinctifs et singuliers. La super grande puissance que sont les USA n’aura pas fini de faire parler d’elle. C’est son rôle et son destin. Mais quels sont ceux des autres petites nations qui, plus ou moins font appel à ce pays. Générosité proverbiale mais aussi mesquinerie et vénalité de certains dirigeants de cette grande nation dont la population est devenue une mosaïque mondiale. Aux lendemains de la victoire des Alliés sur Hitler, les USA se sont découvert une vocation de gendarmes de la planète. Et de cette date à nos jours, on peut compter sur les doigts de la main les rares pays où ils n’ont pas eu pour une raison ou pour une autre à intervenir. Sans y être invités, ils prennent position dans les conflits internes des peuples de la Terre, tuant les plus récalcitrants, les plus belliqueux et méprisant les plus dociles, les plus facilement apprivoisables. Ils créent de ce fait une situation ambigüe où le choix s’avère difficile quand il s’agit de s’investir sentimentalement dans le destin de cette grande nation.
Toutefois, le drame Américain est plus profond que les jeux de mots des psychodrames cornéliens. Pays riche et chanceux, labouré par la force multi-ethnique qu’il abrite et qui extrait de son sol les plus grandes richesses dont un peuple peut rêver, les USA sont devenus une Nation, malgré la juxtaposition géographique de ses solitudes ethniques et en dépit des soubresauts du racisme dans le fonctionnement des membres de la société Américaine. À l’opposé des nations Africaines toujours en butte aux tracasseries du tribalisme, des pays hispanophones ou lusophones qui tiennent en laisse leurs minorités ethniques, les USA ont su créer chez leurs minorités visibles les conditions de cette émotion supra-sensorielle qui les rend solidaires et cimente leurs élans quand il s’agit pour tous de défendre les idéaux de la Patrie. Ce sont là des arguments auxquels on ne peut rien opposer, malgré l’action des Black Panthers, des Malcom X, des Angela Davis, des Rap Brown ou des Louis Farrakhan.
Quoiqu’on puisse penser des Etats-Unis, une réalité demeure : c’est le pays des contradictions. Et ce sont justement ces contradictions qui accélèrent la croissance de l’ensemble en permettant tant soit peu à chaque solitude de développer ses aptitudes de façon parallèle et verticale.
On aura beau dire : Oprah Winfrey, Mike Tyson, Magic Johnson, Michael Jordan et j’en passe, les meilleurs ne sauraient atteindre le sommet de leur art et de leurs talents dans un milieu autre que les USA. On comprend dès lors qu’entre autres ethnies, l’importante minorité noire se batte extérieurement avec autant d’enthousiasme pour un pays où les blancs la traite avec tant de morgue, de hauteur et de racisme. C’est là un paramètre difficilement compréhensible que le rêve du Dr Martin Luther King sacrifié sur l’autel du racisme a fini peut-être par estomper en l’explicitant.
Mais en attendant, le mot de Montesquieu tend de plus en plus à s’éloigner des rives du Potomac : « Chaque nation porte en elle-même les germes de sa puissance et de sa dégénérescence ». Au contraire, l’administration Américaine enregistre des victoires à droite comme à gauche. Et n’étaient la résistance de Cuba et les réticences de la Chine Populaire, la victoire Américaine serait totale. Malheureusement, tant qu’il y aura des personnages à exacerber les instincts de domination des Grandes Puissances, tant que certains aigrefins veulent faire leur beurre sur le dos des petites nations, il y aura toujours des hommes-debout à rappeler à ces puissances qu’elles ne peuvent pas se permettre de juger les conflits qui interviennent dans quelques coins de la planète à la seule aune de leurs intérêts et de leurs propensions anthropo-sentimentales. À la vérité, il ne saurait être question de mettre bas les armes devant les promoteurs de la violence. Mais il n’est pas dit non plus de substituer au terrorisme individuel ou groupusculaire un terrorisme systématique d’État. Car, comme l’ont démontré ces temps derniers les fanatiques du FATAH ou du HAMAS de même que les intégristes musulmans : « Pour chaque terroriste qui tombe, mille, dix milles, cent milles se réveillent au son hargneux de la vengeance qui fait tant d’innocentes victimes individuelles. Et c’est là une stratégie boiteuse à laquelle les grandes démocraties du G20 devraient se garder de souscrire pour ne pas réveiller la bête qui sommeille dans chaque être humain.
15 Octobre 2011-Le Conseil de Sécurité des Nations Unies, assuré que l’occupation d’Haïti n’a produit aucun effet escompté, a, au mépris de la réprobation générale du pays, renouvelé pour une durée d’un an, le mandat de la MINUSTAH. Jamais on n’a vu de dirigeants haïtiens descendre aussi bas dans l’abjection. La lâcheté, l’indignité, l’inefficience des dirigeants qui avaient sollicité l’occupation du pays étaient tellement démentielles qu’elles se refusaient à toute thérapeutique, fût-elle des plus drastiques. Et les artisans d’une telle escroquerie sous couvert d’humanisme doivent s’attendre à payer le prix fort au tribunal de l’histoire qui n’a jamais pardonné la forfaiture des Conzés…les mieux intentionnés. N’est-on pas en droit de dire haut et fort que ce surcroit d’ignominie fait d’Haïti aujourd’hui la chasse-gardée des aventuriers internationaux, contempteurs de nègres qu’ils gâtent et gavent de présents pour mieux les escroquer. « Il faut craindre les Grecs même quand ils vous font des présents ». Entre temps, notre Patrie, notre merveilleuse Patrie passe par toutes les transes de l’enfantement.
Haïti est donc ce qu’elle est maintenant par la faute de ses enfants dénaturés et par la grâce de ses dirigeants inconséquents. L’ONU doit apprendre à ses dépens que dès qu’un État, un organisme ou une institution commence à poser des actes de petitesse, il se recroqueville sur lui-même et épouse les dimensions restreintes de sa démarche. Sans le savoir, sans même le comprendre, L’ONU est en train de glisser comme la SDN de la grandeur dans la dégénérescence pour ne pas avoir saisi les subtilités de la notion de respect des petites nations. Au fond, comme le dit si philosophiquement Pierre Teilhard de Chardin : «  Que servirait à l’homme d’accumuler à portée de sa main des montagnes de blé, de charbon, de pétrole et de tous métaux s’il venait par malheur à perdre le goût d’agir, c’est-à-dire de devenir toujours plus homme ? »
Dommage que les G20 aient tant d’argent, tant de pouvoir et si peu de lucidité historique !
Miami, le 15 Octobre 2011
Jean L. Théagène
Haïtien à part entière
Président de L’Union Nationale des Démocrates Haïtiens

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